Londres, février 1787. William Curtis, 41 ans, apothicaire et botaniste autodidacte, lance un nouveau périodique mensuel : le « Botanical Magazine ». Chaque livraison comprend trois planches gravées sur cuivre, coloriées à la main, accompagnées d'une description scientifique. Le projet est risqué : Curtis a investi sa fortune personnelle. Trois ans plus tôt, sa « Flora Londinensis », somme botanique sur la flore des environs de Londres, a failli le ruiner. Avec le Botanical Magazine, il vise un public plus large : les amateurs cultivés, les propriétaires de serres, les premiers horticulteurs. Le périodique survit. Il existe toujours aujourd'hui, sous le nom de Curtis's Botanical Magazine, publié par les Kew Gardens depuis 1841. C'est le plus ancien périodique scientifique illustré du monde.

Cette continuité est singulière. Pendant 238 ans, sans interruption notable, chaque numéro propose les mêmes éléments : une plante représentée, son nom binomial selon la taxonomie de Linné, ses caractéristiques botaniques, son origine géographique. Le Botanical Magazine est devenu un objet de collection. Une série complète des 110 premiers numéros, parue entre 1787 et 1800, s'échange aujourd'hui autour de 50 000 livres en vente publique à Londres. Et les planches individuelles, sorties d'exemplaires démembrés, alimentent depuis cent ans le marché de la décoration.

Linné, et l'invention de la planche

L'aventure de la planche botanique commence en Suède. En 1735, Carl von Linné publie le « Systema Naturae ». Treize éditions successives, jusqu'en 1770, fixent la classification du règne vivant : règnes, classes, ordres, genres, espèces. Pour décrire des milliers de plantes, Linné a besoin d'un système visuel cohérent. Il définit, dans le « Genera Plantarum » de 1737, les éléments qu'une planche scientifique doit comporter : silhouette générale de la plante, fleur ouverte, coupe transversale du fruit, détail du pollen agrandi en marge. Cette grille, presque immuable, va rester le standard de la planche botanique pendant deux siècles.

Les illustrateurs qui répondent à cette commande sont peu nombreux et très qualifiés. Ils travaillent à la pointe sèche, à la plume, à l'aquarelle. Ils accompagnent souvent les expéditions scientifiques : Sydney Parkinson sur le Endeavour de James Cook en 1769, Ferdinand Bauer en Australie avec Matthew Flinders en 1801, Aimé Bonpland avec Alexander von Humboldt en Amérique du Sud entre 1799 et 1804. Chacun rapporte des centaines, parfois des milliers de dessins préparatoires. Une planche botanique réussie demande trois à cinq jours de travail à un dessinateur expérimenté.

Pierre-Joseph Redouté, Malmaison

Pierre-Joseph Redouté, né en 1759 dans l'actuelle Belgique, devient le plus célèbre des illustrateurs botaniques européens. Il travaille pour Marie-Antoinette à la fin de l'Ancien Régime, puis traverse la Révolution sans encombre, et devient illustrateur attitré de Joséphine Bonaparte au château de Malmaison entre 1798 et 1814. Joséphine, passionnée de botanique, fait venir des plantes du monde entier dans ses serres. Redouté les dessine.

Trois grandes séries en sortent. « Les Liliacées » (1802-1816), 486 planches en huit volumes, parmi les plus belles aquarelles botaniques jamais réalisées. « Les Roses » (1817-1824), 169 planches dont les 168 originaux ont rejoint la Pierpont Morgan Library de New York en 1990. « Choix des plus belles fleurs et des plus beaux fruits » (1827-1833), publié à la fin de sa vie. Redouté meurt en 1840, ruiné par ses propres investissements d'édition, mais son influence est telle qu'il devient le modèle de toute la peinture botanique occidentale jusqu'à la photographie en couleur.

La technique, la couleur, l'œil

Trois principes techniques tiennent l'art de la planche botanique. D'abord, la lumière. La plante doit être éclairée par une lumière naturelle, idéalement venant de la gauche pour les dessinateurs droitiers, sans ombre forte. Le dessinateur travaille en atelier, mais avec la plante fraîche posée sur un support. La lumière du nord, indirecte et stable, est privilégiée. Ensuite, la couleur. Les pigments utilisés à l'aquarelle (carmin, indigo, gomme-gutte, vert-de-vessie) ont une tenue limitée. Une planche bien protégée peut conserver sa couleur cinq cents ans. Exposée à la lumière directe, elle pâlit en cinquante.

Troisième principe : la composition. La planche présente la plante en taille réelle ou légèrement réduite, jamais agrandie. Les détails (étamines, pistil, ovaire) reçoivent un agrandissement séparé en marge, généralement en bas à droite. Le titre, en latin pour le nom scientifique et souvent en plusieurs langues vernaculaires, occupe le bas de la planche. Le bord du papier est souvent une marge généreuse, qui sert de respiration et qui isole l'image.

« La planche botanique est l'unique cas, dans l'histoire de l'art, où l'exigence scientifique a produit une esthétique reconnaissable et durable », remarquait Roger Caillois dans ses « Cohérences aventureuses » en 1976.

Au mur, aujourd'hui

La planche botanique est l'un des motifs les plus stables de la décoration intérieure depuis trente ans. Elle marche partout : salon, cuisine, chambre, bureau, salle de bain. Sa palette est neutre (verts atténués, ocres, terre de Sienne). Son fond crème ne se bat avec aucun mur. Ses sujets (fleurs, fruits, feuilles) sont apaisants sans être insignifiants. Pour une composition réussie, deux options. Soit une grande planche isolée, format 50 par 70, cadre chêne ou bois clair, posée au-dessus d'une console ou d'un buffet. Soit une série de trois planches alignées au cordeau, format 30 par 40, en grille parfaite. Cette seconde option, plus muséale, supporte très bien un couloir ou une enfilade.

À éviter : le cadre noir, qui durcit les tons doux de l'aquarelle. À éviter aussi : la planche botanique en compagnie d'une affiche très saturée (un Cassandre, une affiche jazz). Les deux univers entrent en conflit. La planche botanique aime la compagnie d'autres planches botaniques, ou la solitude d'un mur clair. Elle ne fonctionne pas dans le tumulte d'une accumulation hétérogène.

Quatre pistes de sélection

  • Une planche Redouté de roses ou de liliacées, dans l'esprit des séries de Malmaison. Pour une chambre ou un salon classique.
  • Une planche du Botanical Magazine, plantes ornementales du XIXe siècle. Pour une cuisine ou un coin lecture.
  • Une planche de plantes tropicales (orchidées, fougères, palmiers) dans la lignée des expéditions Humboldt-Bonpland. Pour un bureau ou un séjour végétalisé.
  • Une planche de plantes aromatiques, herbes médicinales ou simples. Pour une cuisine ouverte ou un coin tisanerie.

Chez Montmartre Poster, la collection botanique rassemble des planches dans cette grande tradition, imprimées sur papier d'art 275 g/m². Le papier blanc cassé reproduit la chaleur du papier de chiffon utilisé au XIXe siècle, et les couleurs ont été calibrées sur les originaux conservés à la bibliothèque des Kew Gardens et au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.