Verdun, février 1916. Fernand Léger, 35 ans, peintre cubiste reconnu à Paris depuis cinq ans, est mobilisé dans le génie depuis août 1914. Il sert sur le front à Argonne, puis à Verdun, où la bataille fait rage depuis quelques semaines. Il survit à un gazage à l'ypérite en septembre 1916, est évacué à l'hôpital. Pendant ces deux ans de front, il dessine. Dans les carnets de Verdun, on voit des canons démontés, des pièces de moteur, des plaques d'acier, des hélices d'avion, des roues de mitrailleuse, des cylindres, des engrenages. Léger raconte plus tard que cette confrontation directe avec la machine industrielle a tout changé. « J'ai été ébloui, écrit-il en 1923, par la culasse ouverte d'un 75 au soleil. La magie de la lumière sur le métal blanc. C'était plus beau que tous les tableaux que j'avais vus. »
Léger naît le 4 février 1881 à Argentan, dans l'Orne. Fils d'éleveur de bestiaux, il fait son apprentissage d'architecte à Caen entre 1897 et 1899, puis arrive à Paris en 1900. Il échoue à l'École des beaux-arts en 1903, mais s'inscrit à l'Académie Julian, où il rencontre Jean Metzinger. Il s'installe à La Ruche, cité d'artistes du 15e arrondissement, où il croise Modigliani, Soutine, Chagall, Apollinaire. En 1910, il participe avec Robert Delaunay, Picasso et Braque au mouvement cubiste, dont il devient l'une des figures principales. Ses « Nus dans la forêt » (1909-1911) sont des compositions cubistes radicales, aux formes tubulaires presque mécaniques avant l'heure. Quand la guerre éclate, il a 33 ans, il est un peintre établi, et le front va tout déplacer.
Le purisme et la naissance de L'Esprit Nouveau
1918. La guerre s'achève. Léger rentre à Paris, transformé. Il publie en 1923 un essai capital, « L'Esthétique de la machine », où il défend l'idée que la beauté mécanique des objets industriels (un piston, une biellette, une coque d'avion) doit entrer dans la peinture. Au même moment, le peintre Amédée Ozenfant et l'architecte Charles-Édouard Jeanneret (le futur Le Corbusier) publient en 1918 le manifeste « Après le cubisme », qui fonde le mouvement « puriste ». Le programme : refuser l'éclatement cubiste, revenir à la forme pleine, géométrique, lisible. La machine est l'idéal. La revue « L'Esprit Nouveau », publiée à partir de 1920 par Ozenfant et Le Corbusier, accueille Léger comme compagnon de route. Le purisme dure cinq ans (1918-1925), produit quelques œuvres majeures (les « Trois Musiciens » de Léger en 1924, « Pavillon de l'Esprit Nouveau » de Le Corbusier à l'Expo 1925), puis se dissout. Mais son vocabulaire formel se diffuse.
La grammaire de Léger des années 1920-1930 est reconnaissable au premier coup d'œil. Formes cylindriques et tubulaires, contours noirs épais, palette restreinte (rouge, bleu, jaune, noir, blanc), aplats sans modelé, composition frontale. Il peint des « Mécaniciens » (1920), des « Disques » (1918), des « Animaux mécaniques » (1923). En 1924, il signe avec Dudley Murphy le film « Ballet mécanique », film d'avant-garde de 16 minutes qui mélange gros plans d'objets industriels (un piston, un fouet, un chapeau), de visages féminins et de chiffres dansants. C'est l'un des films d'avant-garde les plus radicaux des années 1920. Léger ouvre aussi en 1924 une école de peinture, l'Académie de l'Art Moderne, où il enseigne à des élèves venus du monde entier (Erik Olson, Otto G. Carlsund, Maud Sandberg).
L'exil américain et la commande monumentale
1940. L'invasion allemande pousse Léger à fuir à New York, comme beaucoup d'artistes français (Matta, Masson, Tanguy, Mondrian). Il y reste cinq ans, enseigne à Yale, à Mills College en Californie. Il découvre l'Amérique : les enseignes lumineuses de Broadway, les autoroutes, les pin-up. Ses tableaux américains (« Les Plongeurs » 1942, « Les Cyclistes » 1944) introduisent des couleurs criardes en aplat, parfois séparées du contour de la figure, comme si la peinture débordait. Il rentre en France en 1945, s'installe à Gif-sur-Yvette dans la maison qui deviendra son musée. Il signe des décors monumentaux : la chapelle d'Assy en Haute-Savoie (1949), les vitraux de l'église d'Audincourt (1951), les mosaïques de l'auditorium du Conseil de l'Europe à Strasbourg (1953). Il meurt le 17 août 1955 à 74 ans, d'une crise cardiaque dans son atelier. Le musée national Fernand Léger ouvre à Biot, en 1960, sur un terrain qu'il avait acheté juste avant sa mort.
« La beauté est partout, écrivait Léger en 1923. Dans l'ordre de tes casseroles sur le mur blanc de ta cuisine, peut-être plus que dans ton salon dix-huitième ou dans les musées officiels. »
Vivre avec une affiche d'inspiration Léger
Une affiche d'inspiration Léger demande un environnement contemporain et beaucoup de lumière. Les saturations chromatiques (rouge sang, bleu cobalt, jaune citron sur fond noir et blanc) chantent dans la lumière naturelle, étouffent dans un éclairage chaud. Privilégiez une pièce orientée sud ou est. Le cadre : noir mat profil épais, qui contient la composition et joue le contraste avec les couleurs vives. Le chêne fonctionne mal, il adoucit la palette. Le format compte : Léger pensait grand. Ses toiles font souvent 2 mètres sur 1,50. Une reproduction en 70 par 100, voire 90 par 130 si vous avez la place, conserve la monumentalité industrielle. En petit format, les formes mécaniques perdent leur poids.
L'environnement décoratif idéal est clair, géométrique, ordonné. Léger se marie bien avec du mobilier scandinave, du métal, du verre, des intérieurs « industriels chic ». Il se marie aussi avec du mid-century modern et du Bauhaus, dont il partage la grammaire géométrique. Il se marie mal avec du mobilier classique, des moulures, des tissus à motifs floraux : la cohabitation crée une dissonance permanente. La règle qui marche : si vous accrochez un Léger, accrochez-le seul, sur un mur dégagé, avec un mobilier minimaliste autour. Il prendra alors toute la pièce.
Trois pistes pour démarrer
- Une composition mécaniste inspirée des « Mécaniciens » : formes cylindriques, palette en quatre couleurs saturées, contours noirs. Format 70 par 100, cadre noir épais.
- Une affiche puriste à l'esprit de l'Esprit Nouveau : objets industriels stylisés, palette mate. Plus discrète, plus accessible, idéale en bureau.
- Une composition abstraite contemporaine dans la collection abstrait moderne, dont l'héritage léger-puriste se voit immédiatement.
Chez Montmartre Poster, les hommages au purisme et à l'âge de la machine vivent dans la collection abstrait moderne. Pour suivre la filiation qui mène du cubisme au pop art en passant par le purisme, voir nos articles sur Mondrian et De Stijl, sur le Bauhaus et sur le pop art, qui décrivent les étapes successives de cette traversée du XXe siècle.






