Amersfoort, Pays-Bas, 7 mars 1872. Pieter Cornelis Mondriaan naît dans une famille protestante stricte. Son père est instituteur calviniste, son oncle est paysagiste. Il commence à peindre des moulins, des fermes, des chrysanthèmes dans une tradition réaliste hollandaise très classique. Pendant trente-six ans, il fait du paysage. Rien, dans cette première période, n'annonce ce qui va venir. Et puis en 1908 il découvre, dans une exposition à Amsterdam, les toiles cubistes de Picasso et Braque. À 36 ans, il bascule. Il part pour Paris en 1911, change l'orthographe de son nom (un seul « a », Mondrian, pour le rendre plus international), s'installe rue du Départ près de Montparnasse, et reprend tout à zéro.
Quatre ans plus tard, il rentre aux Pays-Bas pour les vacances d'été 1914. La Première Guerre mondiale éclate, il est coincé. Pendant les quatre années suivantes, en compagnie du peintre Theo van Doesburg et de quelques autres, il invente avec eux le « néoplasticisme ». Le mouvement s'organise autour de la revue De Stijl, fondée en 1917. Le programme est radical : abandonner la représentation figurative, ne garder que les lignes droites horizontales et verticales, ne garder que les trois couleurs primaires (rouge, jaune, bleu) plus les trois non-couleurs (noir, blanc, gris). Aucune diagonale, aucune courbe, aucun mélange. C'est tout. Cette grammaire minimale, Mondrian la tiendra jusqu'à sa mort vingt-cinq ans plus tard.
De Stijl, Bauhaus, et la diffusion
De Stijl ne reste pas hollandais longtemps. Theo van Doesburg, à partir de 1922, voyage entre Weimar, Berlin et Paris pour diffuser le néoplasticisme. Il enseigne au Bauhaus pendant un an, en 1922-1923, comme professeur invité. Il y influence directement Walter Gropius sur la question typographique et architecturale. C'est lui qui pousse le Bauhaus vers la rigueur formelle des années Dessau (1925-1932), au détriment de la sensibilité plus mystique de Johannes Itten. Van Doesburg meurt prématurément en 1931 à Davos. Mondrian, lui, reste à Paris jusqu'en 1938, puis fuit Londres devant la menace de guerre, puis New York en 1940, où il vit jusqu'à sa mort en février 1944.
Les compositions de la maturité (1921-1944) suivent toutes le même protocole. Mondrian commence par tracer à la règle un quadrillage noir sur fond blanc, équilibré mais asymétrique. Il pose ensuite quelques plages colorées dans certaines cases, jamais dans toutes. Le blanc reste majoritaire. Le rouge est plus présent que le jaune et le bleu, parce qu'il avance vers l'œil. Le bleu recule, le jaune se tient au milieu. Chaque composition est une recherche d'équilibre dynamique entre des forces inégales. Mondrian travaillait lentement, parfois six mois sur une toile, repassait sur les lignes noires plusieurs couches pour les rendre plus mates. Il y avait dans son atelier de la rue du Départ, où Marcel Duchamp l'a visité plusieurs fois, des murs entièrement peints en rectangles rouges et jaunes, comme une extension du tableau.
Broadway Boogie Woogie, fin de partie
1942-1943. Mondrian, installé depuis deux ans dans un petit atelier de la 1ère Avenue à Manhattan, peint « Broadway Boogie Woogie ». La toile fait 127 par 127 centimètres. C'est la première fois depuis trente ans qu'il abandonne les lignes noires. À la place, des bandes de petits rectangles jaunes, rouges, bleus et gris qui scintillent comme les enseignes lumineuses de Times Square. Il vient de découvrir le boogie-woogie dans les clubs de jazz de Harlem (il a 71 ans, va danser tous les samedis soirs, raconte à ses amis qu'il n'a jamais connu une telle énergie). L'œuvre est exposée à la Valentine Dudensing Gallery en mars 1943, elle est immédiatement achetée par le Museum of Modern Art où elle est toujours. Il commence aussitôt « Victory Boogie Woogie », plus ambitieux encore, qu'il laisse inachevé. Il meurt d'une pneumonie le 1er février 1944, à 71 ans.
« L'art est plus haut que la nature, écrivait Mondrian en 1925. Il n'est qu'à condition que les hommes soient devenus plus hauts que la nature. »
Vivre avec un Mondrian
Un Mondrian, ou un hommage néoplastique, demande un mur blanc et une pièce calme. C'est presque la seule règle. Les compositions ne supportent ni le décor chargé, ni le mur de couleur, ni le voisinage d'une autre œuvre forte. Une seule pièce, isolée, sur un mur dégagé. Le cadre : noir mat très fin pour épouser la ligne noire de la composition, ou chêne très pâle pour donner de la chaleur sans interférer. Évitez le blanc : un cadre blanc disparaît dans la composition et l'œuvre flotte sans tenue. Le format compte. En dessous de 50 par 50 centimètres, la rigueur géométrique perd son punch. À partir de 70 par 70 centimètres, l'œuvre prend la mesure du mur et devient l'élément central de la pièce. Mondrian peignait souvent en format carré, ce qui appelle un mur carré ou très dégagé.
La marche avec d'autres œuvres est délicate. Un Mondrian dialogue bien avec un Bauhaus (Kandinsky, Klee, Albers) ou un constructiviste russe (Rodtchenko, El Lissitzky). Il dialogue mal avec une affiche Art nouveau, une affiche de voyage Art Déco, ou une photographie. Si vous voulez constituer un mur d'inspiration moderniste, restez dans la famille géométrique 1920-1960 : un Mondrian, un Albers, un Vasarely, un Bauhaus. Cadres identiques, espacement régulier, mur très blanc. La pièce devient alors une petite galerie.
Trois pistes
- Une composition néoplastique classique (rouge, jaune, bleu, noir sur fond blanc). Format carré, cadre chêne pâle, mur blanc.
- Une affiche Bauhaus géométrique des années 1923-1930, dans la même famille formelle. Voir notre collection Bauhaus géométrique.
- Une composition abstraite contemporaine inspirée du néoplasticisme. Le langage continue à fonctionner dans la décoration actuelle, à condition de rester dans la palette stricte.
Chez Montmartre Poster, les hommages au néoplasticisme et à l'abstraction géométrique vivent dans la collection abstrait moderne et dans la collection Bauhaus géométrique. Pour approfondir la généalogie qui mène de Mondrian au Bauhaus puis à la grammaire suisse des années 1950, voir notre article Le Bauhaus, quand l'atelier a changé le monde.






