Brescia, Lombardie, mars 1927. Quatre amis italiens, Aymo Maggi, Franco Mazzotti, Renzo Castagneto et Giovanni Canestrini, organisent une course automobile sur route ouverte : 1 600 kilomètres entre Brescia et Rome, aller-retour. Ils l'appellent la « Mille Miglia », les mille milles, en référence à la distance en milles romains. Soixante-dix-sept voitures prennent le départ. Aucun service de sécurité, des routes de campagne traversant les villages italiens à toute vitesse. Le vainqueur, Ferdinando Minoia sur OM 665 SS, met dix-neuf heures et quatorze minutes à boucler le parcours. La Mille Miglia devient instantanément l'une des courses automobiles les plus prestigieuses au monde, et son affiche annuelle, commandée à différents illustrateurs italiens entre 1927 et 1957, fixe pendant trois décennies l'image de la vitesse mécanique.
Cette course illustre une caractéristique des grandes compétitions automobiles et cyclistes du XXe siècle : chaque édition s'accompagne d'une affiche officielle, souvent signée par un illustrateur reconnu, commandée par l'organisateur de la course pour annoncer l'événement et vendue ensuite comme souvenir. Le résultat, sur quatre décennies, est un corpus de plusieurs milliers d'affiches sportives, dont les meilleures ont conquis le statut d'œuvres d'art à part entière.
L'affiche d'auto, école italienne et française
L'école italienne de l'affiche automobile s'organise autour de quelques noms. Marcello Dudovich, déjà célèbre pour ses affiches commerciales (Borsalino, Strega), signe plusieurs affiches de courses automobiles pour la marque Bianchi entre 1924 et 1935. Achille Beltrame, illustrateur du magazine « La Domenica del Corriere », livre des affiches de la Mille Miglia entre 1929 et 1939. Marcello Nizzoli, qui deviendra plus tard célèbre comme designer industriel pour Olivetti, signe l'affiche de la Mille Miglia 1932 : une Alfa Romeo rouge filant à travers les collines toscanes, perspective écrasée, ciel pourpre.
L'école française est tout aussi forte. Géo Ham (Georges Hamel), illustrateur né en 1900, signe les affiches officielles du Grand Prix de l'Automobile Club de France entre 1925 et 1948, ainsi que celles des 24 Heures du Mans dès 1923. Son style mêle Art Déco et précision technique : les voitures sont représentées avec une exactitude mécanique rare pour l'époque, intégrées dans des compositions tendues, ciels colorés, mouvements suggérés par des lignes de vitesse. Ham travaille aussi pour les pilotes : il dessine les portraits stylisés de Tazio Nuvolari, Achille Varzi, Louis Chiron, qui décorent les programmes officiels.
L'affiche du Tour de France
Le Tour de France, créé en 1903 par Henri Desgrange et son journal « L'Auto », met du temps à se doter d'une vraie politique d'affiches. Pendant les premières décennies, la course est annoncée surtout par les pages du journal. C'est dans l'entre-deux-guerres que l'affiche prend son importance. La maison parisienne Marcel Bich, fondée en 1925, et plus tard la cellule publicitaire du quotidien « L'Équipe » (qui succède à « L'Auto » en 1946) commandent des illustrations à des artistes comme Bernard Mas, Raoul Auger, Marcel Jeanjean.
Le motif récurrent de l'affiche du Tour : un cycliste en plein effort, vu de profil ou de trois quarts, pénible et tendu, dans un paysage français. Les Pyrénées, les Alpes, le Mont Ventoux, les pavés du Nord deviennent des décors typiques. Les couleurs sont vives : maillot jaune du leader, ciel bleu intense, montagne verte ou grise. La typographie occupe le haut ou le bas, jamais le centre. Et le titre, « Tour de France » suivi de l'année, est dessiné à la main, intégré à la composition.
Cassandre et le voyage en automobile
L'affiche d'automobile sort aussi du strict cadre de la compétition. Cassandre, déjà célèbre pour le « Nord Express » de 1927, livre en 1932 une affiche pour la Compagnie internationale des wagons-lits qui montre une route filant vers un horizon de montagnes. En 1936, il signe pour la marque Triplex (verres de pare-brise) une composition qui devient un classique : une lampe électrique stylisée éclaire un panneau « danger », perspective de route nocturne, ciel rouge. La voiture n'apparaît pas, mais elle est partout suggérée. C'est l'art du graphisme Art Déco à son maximum d'économie.
Roger Soubie, illustrateur très prolifique, alterne entre affiches de cinéma et affiches automobiles. Il signe entre 1928 et 1952 plusieurs dizaines de compositions pour des marques de voitures (Citroën, Peugeot, Hotchkiss) et pour des courses (Rallye de Monte-Carlo, Circuit de la Sarthe). Sa palette est plus contrastée que celle de Géo Ham, ses compositions plus narratives. Il ne se contente pas de la voiture isolée : il met en scène le pilote, le mécanicien, la foule des spectateurs, l'ambiance générale d'une journée de course.
« Une affiche automobile, écrivait Géo Ham en 1936, ce n'est pas la voiture. C'est la sensation de la conduire. »
Au mur, aujourd'hui
Les affiches de courses auto et cyclistes vintage ont retrouvé un public stable depuis le début des années 2000. Plusieurs causes. D'abord, le renouveau de la culture rétro autour de la voiture ancienne (les rallyes Mille Miglia historiques, organisés depuis 1977, attirent chaque année des collectionneurs du monde entier). Ensuite, la culture du cyclisme urbain et de route qui s'est développée depuis la décennie 2010. Enfin, la qualité graphique de ces affiches, qui les rend désirables même sans intérêt particulier pour la mécanique.
Format conseillé : 50 par 70 centimètres pour la plupart des compositions, 70 par 100 pour les grandes scènes de course (Mille Miglia, Grand Prix de Monaco, Tour de France). Cadre chêne naturel pour le cyclisme (le bois évoque le caractère artisanal du vélo des années 1950), cadre noir mat pour l'automobile (le noir disciplinant la palette saturée des compositions Géo Ham). Évitez le cadre doré, qui surcharge ces images déjà denses.
Lieu idéal : un bureau d'amateur (les affiches d'automobile fonctionnent bien dans une pièce de travail masculine sans tomber dans le cliché viril), un garage transformé en atelier, un coin lecture sportif. Pour le cyclisme, le hall d'entrée d'une maison de campagne ou le palier d'un appartement convient parfaitement. La composition acquiert une dimension nostalgique sans devenir kitsch.
Quatre pistes pour démarrer
- Une affiche de la Mille Miglia, école italienne des années 1930 : voiture en mouvement, ciel pourpre ou doré, perspective écrasée. Pour un bureau ou un salon vintage.
- Une affiche Géo Ham des 24 Heures du Mans (1923-1948) : précision mécanique, palette Art Déco. Pour un séjour ou un palier large.
- Une affiche du Tour de France des années 1930-1950 : cycliste en effort, paysage français, maillot jaune. Pour une cuisine, un coin lecture ou un garage-atelier.
- Une affiche d'un Rallye de Monte-Carlo des années 1950 : élégance des voitures de l'époque, palette hivernale, neige et littoral. Pour une entrée ou un palier d'immeuble.
Chez Montmartre Poster, la collection sports rassemble des affiches dans cette grande tradition graphique, imprimées sur papier d'art 275 g/m². La collection cyclisme explore plus spécifiquement quarante ans d'imagerie de la petite reine, du Tour de France au Giro d'Italia, en passant par les classiques printanières belges et françaises.






