Duisbourg, sur les bords du Rhin, août 1569. Gerardus Mercator, 57 ans, achève une œuvre qui occupera son nom dans tous les atlas pendant cinq siècles : une carte du monde en dix-huit feuillets, conçue selon une projection nouvelle qui permet aux marins de tracer leur route en ligne droite. La carte mesure deux mètres sur un mètre vingt. Elle s'appelle « Nova et aucta orbis terrae descriptio ». Elle invente le planisphère moderne.

Un an plus tard, à Anvers, Abraham Ortelius publie le premier atlas relié de l'histoire, le « Theatrum Orbis Terrarum ». Cinquante-trois cartes gravées sur cuivre, des index, des descriptions de territoires. Le livre coûte une petite fortune (l'équivalent d'un mois de salaire d'un capitaine de navire), il se vend pourtant à plusieurs milliers d'exemplaires dans les vingt années qui suivent. L'Europe vient d'inventer le format encyclopédique de la connaissance géographique. Quatre siècles plus tard, les héritiers de cette tradition se promènent encore dans nos intérieurs, sous forme d'affiches et de reproductions.

Mercator, Ortelius, et l'école anversoise

Mercator et Ortelius se connaissaient. Ils se sont écrit toute leur vie. Anvers, dans la seconde moitié du XVIe siècle, est la capitale européenne de la cartographie. La ville concentre les graveurs, les éditeurs, les marins de retour des Amériques, les marchands portugais et espagnols qui rapportent des cartes manuscrites de leurs comptoirs. Les ateliers de Christophe Plantin, où travaille Ortelius, publient des cartes dont la qualité technique restera inégalée pendant un siècle.

Le travail est minutieux. Une carte du Theatrum Orbis Terrarum demande six à neuf mois de gravure sur cuivre. Le graveur travaille à l'envers, en miroir, avec un burin et un échoppe. Les fines lignes des fleuves, les ombres des montagnes, les compositions des cartouches, les lettrages, tout passe par sa main. La plaque de cuivre, une fois terminée, peut imprimer jusqu'à 3 000 exemplaires avant de s'user. Les éditions successives ajoutent souvent de nouveaux toponymes ou rectifient des frontières.

L'âge d'or hollandais (1600-1700)

Au début du XVIIe siècle, le centre de la cartographie se déplace d'Anvers à Amsterdam. La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (la VOC, fondée en 1602) devient le premier commanditaire de cartes maritimes du monde. Willem Blaeu, son fils Joan Blaeu, Jan Janssonius publient des atlas monumentaux. L'« Atlas Maior » de Joan Blaeu, paru entre 1662 et 1672, occupe douze volumes. Chaque carte est coloriée à la main par un atelier spécialisé. Le luxe est extrême, le prix aussi.

Pendant cette période, les conventions visuelles de la cartographie occidentale se stabilisent. Les océans sont teintés en bleu pâle ou laissés blancs avec des courants en hachures. Les terres reçoivent des couleurs claires, jaune et rose pâle. Les frontières sont marquées en couleurs vives. Les cartouches, ces grandes ornementations dans les coins, accueillent des allégories des continents, des personnages indigènes, des animaux exotiques. Toute cette grammaire visuelle nous est devenue familière au point qu'on l'identifie immédiatement comme « carte ancienne ».

Le passage à la décoration

À partir du XIXe siècle, les cartes anciennes commencent à quitter les bibliothèques pour entrer dans les salons. Les amateurs aristocratiques européens encadrent des planches sorties d'atlas dépareillés. Au tournant du XXe siècle, les éditeurs proposent des reproductions de cartes Renaissance pour les classes moyennes urbaines. La carte devient un objet de prestige culturel : posséder une représentation du monde dit quelque chose sur la curiosité, l'ouverture, l'éducation.

« Une carte n'est pas un territoire, écrivait Alfred Korzybski en 1933. Mais une belle carte donne au territoire une dignité que la photographie aérienne lui retire. »

Vivre avec une carte au mur

La carte ancienne a une qualité rare en décoration : elle est lisible à toutes les distances. À deux mètres, on voit la composition générale et la palette sépia. À trente centimètres, on lit les toponymes, on suit les routes maritimes, on découvre les noms de villes qui n'existent plus. Cette double échelle de lecture fait qu'une carte au mur peut accompagner plusieurs années sans se démoder. On y revient. On y trouve toujours un détail nouveau.

Pour le mur, deux formats fonctionnent particulièrement bien. Le 50 par 70 centimètres pour une carte régionale (une cité italienne, une province française, une île méditerranéenne) : la composition s'installe, sans dominer. Le 70 par 100 centimètres pour un planisphère ou une grande carte de continent : c'est un format qui supporte l'échelle de l'œuvre originale. Cadre : chêne naturel pour rappeler les bois des cabinets de curiosités, ou noir mat pour discipliner l'ensemble. Le doré, malgré l'envie, alourdit ; à réserver à un intérieur déjà très baroque.

Trois pistes de sélection

  • Un planisphère Renaissance dans l'esprit de Mercator ou d'Ortelius : palette sépia, gravure fine, cartouches ornés. Pour un bureau ou un salon classique.
  • Une carte régionale italienne ou française du XVIIIe siècle : tons pastel, frontières en couleurs vives, villes en typographie ornée. Pour une cuisine ou une salle à manger.
  • Une carte céleste ancienne dans le prolongement (constellations, sphère armillaire, planches d'Hevelius) : très belle au-dessus d'un lit ou dans une chambre d'enfant.

Chez Montmartre Poster, la collection voyages vintage rassemble des reproductions de cartes anciennes, dans la lignée de la grande tradition cartographique européenne, imprimées sur papier d'art 275 g/m². L'idée est simple : rendre habitables des images qui ont d'abord servi à comprendre le monde, et qui continuent, quatre siècles plus tard, à donner envie de le parcourir.